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Antoine SFEIR : un regard passionnant sur la Tunisie

Aux éditions ARCHIPEL.

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El Malga à Adjim

J’écris Adjim et non Ajim comme  indiqué sur les pancartes routières et autres documents en manière de provocation. Un «édit» ministériel, dans les années 60, a supprimé l’adjonction du «d» qui, généralement, précédait le «j» dans la transcription en caractères latins des noms et autres mots arabes.

 
 

Cet usage en avait été établi par les interprètes, au début de l’ère coloniale, et qui, généralement, nous venaient d’Algérie  voisine où il est fort répandu dans la prononciation courante. L’interdit a soulevé une petite polémique et, à l’époque jeune reporter à la chaîne internationale de Radio-Tunis, je me rappelle avoir interviewé des Adjimis qui parlaient encore la langue de leurs ancêtres, c’est-à-dire un berbère proche de celui de la Kabylie; et je leur ai demandé comment ils prononçaient le toponyme de leur cité ? Ils m’ont répondu : «Adjim», le «a» indiquant le genre masculin du mot en langue amazigh.
De retour sur l’île voici quelques jours, je me suis enquis de la persistance de l’usage de l’amazigh dans la localité et on m’a répondu par l’affirmative. Alors, je me suis dit : «Pourquoi pas Adjim, de nouveau, comme Djerba qui a été rétabli il y a environ une dizaine d’années ? Ce serait aussi une manière de préciser les contours d’un profil qui s’est considérablement estompé avec la banalisation architecturale qui a accompagné la croissance de la ville qui n’a plus pour principale caractéristique que d’être le premier point de contact avec l’île pour le visiteur venu du Jorf (Djorf?)».
Ce laïus est une manière d’introduction à notre sujet: Adjim (donc) n’est plus, depuis bientôt un an, seulement un port de débarquement, un simple point de passage obligé en direction des autres régions de la Dzîra mais également un lieu de rendez-vous quotidien pour des milliers de noctambules, insulaires et continentaux. Un véritable malga.
Une mue historique pour la localité.

El malga, à Djerba, est l’espace (et le concept) de rencontres pour des réjouissances liées à de grands événements familiaux. C’est dire si la chose est pétrie de convivialité, de chaleur communicative, de partage et de joie de vivre.
C’est en partant de cette notion que Mohamed Ben Hariz, industriel établi à Tunis mais natif de l’île, a imaginé un projet d’espace de loisirs et d’animation touristique spécifique.
Il a choisi de l’installer à Adjim par attachement à l’endroit qui, jusque-là, n’avait pas été jugé propice à l’investissement du moindre projet touristique et donc tenu à l’écart de cette manne qui profite si généreusement à la côte Est de l’île. Une manière donc de contribuer à la décentralisation de l’activité touristique de Djerba. Mieux: à ses yeux, Adjim occupe une position stratégique sur l’axe de communication majeur, entre l’île et le continent si proche.
Pour bien profiter de cet avantage sans empiéter sur un périmètre communal déjà bien encombré, le promoteur a porté son choix sur un terrain de quelques hectares situé non loin du port, mais marécageux. Le choix pouvait paraître hasardeux, risqué, absurde même; mais le promoteur avait son idée: intégrer l’eau dans son produit. Mais, au fait, quel est au juste ce produit ?
C’est un espace qui comprend de multiples composantes, des activités variées mais qui, toutes, se ramènent à un objectif central : offrir à la clientèle une gamme de loisirs modernes mais qui, toutes, ont Djerba pour toile de fond; son genre de vie, son passé, ses réalités physiques, écologiques, humaines, etc.
C’est ainsi que le marécage a été asséché, son «plancher» surélevé pour présenter l’apparence d’un quai où quelques embarcations rappellent la prévalence de la mer dans la vie des insulaires. On les emprunte pour se rendre sur un îlot voisin de 2 km de long qui est conservé en l’état et où a été installé un restaurant sous branchages, qui est en même temps un point de départ pour une excursion de deux heures de temps pour découvrir la végétation et la faune de l’île, plus particulièrement les oiseaux aquatiques. Dans un très proche avenir, de ce débarcadère partiront des tours de l’île par la mer avec des haltes dans les principaux sites archéologiques, historiques ou écologiques.
La restauration constitue l’une des principales prestations d’El Malga (puisque telle est l’appellation de l’endroit). Plusieurs locaux lui sont dévolus. Le principal, assurément le plus original et le plus beau, est le Ragragui (brise marine, dans le parler local). Celui-ci se présente sous forme de jetée en mer, sur pilotis et avec structures en troncs d’arbres et toitures en branchages. En dépit de sa capacité d’accueil (quelques centaines de couverts, en cas de besoin), c’est un établissement haut de gamme. Le service y est d’un haut professionnalisme. Quant à la cuisine… Les produits de la mer tiennent évidemment le haut du pavé dans la carte (un parchemin). Mais, avant d’y arriver, vous avez droit, automatiquement, à plusieurs entrées (6 ou 7), toutes des spécialités de l’île, et qui vont de la soupe aux sauces, aux boulettes, en passant par une variété locale de couscous; les autres restaurants sont de même inspiration, même si de formules différentes.
Autre caractéristique de ces établissements, que partagent les autres locaux de consommation tels les cafés, buvettes, etc., tous ces espaces ont été aménagés en véritables galeries d’art avec des expositions permanentes d’œuvres proposées à la vente.
L’animation à proprement parler est l’activité la plus répandue dans cet espace; elle en occupe la plus grande superficie.
Il y a les loisirs pour enfants. Ceux qui sont déjà en service ne représentent qu’une infime partie de ce qui est en cours d’installation ou sur le point de l’être et qui est programmé pour un très proche avenir : un aqualand rien qu’avec des jeux aquatiques parmi les plus sophistiqués.
Autre projet en cours que se partageront adultes et enfants: le débarquement d’Ulysse à Djerba. Un «son et lumière» pour raconter l’arrivée du héros grec sur l’île et pour servir de prétexte à la découverte du patrimoine culturel et historique de la Dzira.
En attendant, les places et placettes de ce très vaste complexe sont, tous les soirs, le cadre de prestations artistiques diverses, qui vont des galas de musique traditionnelle ou moderne par des troupes locales ou étrangères de passage, aux spectacles à caractère forain ou cérémoniel.
Mais le clou de l’animation est incontestablement le mariage djerbien. «Attends…», comme dirait le Parisien. Il s’agit d’un authentique mariage, avec de véritables mariés, et toute la cérémonie traditionnelle qui l’accompagne. Organisé par la «maison», ce mariage profite à de jeunes couples financièrement incapables de faire face à un événement d’un tel standing, sans la moindre contrepartie. La prise en charge est totale. Plus, les droits de participation aux festivités organisées à cette occasion sont entièrement reversés au jeune couple.
Et c’est peut-être à l’occasion de tels événements que se vérifié le plus la justesse de l’appellation d’El Malga.
Alors, avec tout cela, allez vous étonner qu’ouvert (dites plutôt entrouvert) depuis tout juste un an sans tambour ni trompette — l’équipe se considère toujours en période de rodage —, El Malga accueille quotidiennement entre 3 et 4.000 visiteurs !
Ils viennent de partout de l’île, mais aussi du continent voisin. El Malga est venu fort à propos offrir aux populations de la région un espace de détente, de culture et de convivialité qui lui a fait si cruellement défaut jusque-là. Et il y a fort à parier qu’une formule aussi prisée par les «autochtones» ne tardera pas à susciter un engouement sans précédent de la part des visiteurs étrangers, surtout ceux, parmi eux, à séjour longue durée et qui, eux aussi, manquent cruellement d’espaces d’évasion hors de leur hôtels.
Tahar AYACHI paru dans le journal La PRESSE du 20 août 2007

Dimanche 14 octobre 2007 7 14 10 2007 03:05
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